Contes & Légendes – Théâtre Nanterre-Amandiers

Du théâtre comme il devrait toujours être !

« Contes et légendes » est à la fois poignant, surprenant et provoque une réflexion par ce jeu si dérangeant. C’est un ovni qui nous traverse, nous trouble l’esprit et nous bouleverse du même coup.

Sans trop en dévoiler, « Contes et Légendes » est une fiction d’anticipation sur l’adolescence dans un futur peuplé de robot de compagnie. De quoi faire froid dans le dos et poser une multitude de questions sur une époque pas si imaginaire. Façon « black mirror », la pièce interroge sur l’enfance dans un futur angoissant, de plus en plus injonctif et sérieux dès l’enfance ; un monde dans lequel des Greta Thunberg s’engagent et ont déjà perdu leur insouciance à 15 ans. Un monde qui ne promet pas de s’améliorer.

Un monde aussi dont Pommerat souligne les incohérences de vies trop rapides pour élever ces mêmes enfants confiés à des robots de compagnie ; enfin un monde que l’on pourrait imaginer écrit « au féminin ». Car il fallait y penser et pourtant rien de plus évident : le robot questionne le genre. L’être créée, androgyne et programmable interroge nos valeurs et notre vivre ensemble actuel dans lequel les lignes bougent pour plus de reconnaissance du féminin.

Cette pièce a provoqué chez moi un grand éblouissement par tous ces thèmes imbriqués dans des scènes d’intéractions sociales et familiales dirigées à la perfection. Car non seulement les actrices âgées de 26 à 32 ans en paraissent la quinzaine mais elles jouent tour à tour les robots et de jeunes garçons adolescents à s’y méprendre jusqu’aux saluts.

En robot, la précision de leurs mouvements est glaçante et en jeunes hommes prêts à tout pour (re)devenir viril, leur prestation donne lieu à des scènes époustouflantes de colère et de chaos intérieur. Le tout contenu dans l’écrin d’une mise en scène millimétrée et très visuelle, traversée par une énergie qui monte sans cessse en puissance…

La fin en apothéose (qui vous laissera un certain air dans la tête pendant quelques jours) déclenche instantanément une salve d’applaudissement. A l’heure où la plupart des spectacles n’y arrivent pas, ce spectacle propose une fin marquante. Ici tout passe trop vite et la prouesse d’acteur est grande. Joël Pommerat a réalisé un travail salutaire bien qu’angoissant.

Une grande claque de début d’année : à voir absolument !

Crédit photo : Bénédicte Six

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