Dans les forêts de Sibérie- Théâtre de la Huchette

« Y aurait-il du progrès dans cette régression ? »

A la base, un livre d’un auteur que je connais peu. « Dans les forêts de Sibérie », le roman autobiographique qui valut le prix Médicis essai à Sylvain Tesson (2011).

Sur la scène de la Huchette William Mesguich, regard bleu glacier, voix qui porte haut et clair, stature nordique. William Mesguich raconte ce récit d’un ermitage, ce départ volontaire d’un homme seul pour 6 mois sur les berges du lac Baïkal.

Souvent avec humour, l’homme dans sa cabane remplie de livres parle de ses lectures, de l’amitié que ses compagnons de papier et la vodka lui procurent, de ses sensations et réflexions loin du monde. Passé certains clichés du texte et le choix parfois un peu pompeux des musiques pour l’accompagner, on peut dire que le texte de Sylvain Tesson intrigue et désarçonne parfois. Paru en 2011 et déjà pertinent, il parle de phénomènes qui ne sont allés qu’en s’amplifiant : la solitude dans les villes, notre frénésie du toujours plus et la démultiplication de nos désirs. Mais aussi du besoin de retrait de cet homme, son ode à la nature et la satisfaction qu’il éprouve à savoir qu’il ne nuit à aucun être vivant sur terre. Le texte n’est d’ailleurs pas sans paradoxe car le personnage avouera à un moment donné : « la seule chose qu’il me manque c’est une personne à qui raconter mon bonheur d’être seul ».

Tout cela William Mesguich ne le dit pas seulement, il l’incarne pour nous public, le porte à merveille et le fait sien. La partition a été bien pensée, l’adaptation de Charlotte Escamez ne garde que la sève, zappant la plupart des écueils du texte initial pour ne recentrer le jeu que sur les messages principaux. On notera aussi la création lumière de Richard Arselin qui ouvre la salle à la scène grâce à d’astucieux jeu de miroirs. Ce n’est pas sans rappeler d’autres récits d’aventuriers, comme le très bon « Construire un feu » de Jack London adapté au studio de la Comédie-Française l’an passé.

Sans temps mort, ce seul en scène est une réussite. C’est un « spectacle livre » qui m’a donné l’envie d’attraper le roman pour pouvoir à ma guise m’arrêter et me faire à chacune des idées égrenée.

Une agréable découverte et une interprétation talentueuse par William Mesguich !

Crédit photo : (DR)

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