Lewis versus Alice- Théâtre Gérard Philipe

Quelle mouche a donc piqué Macha pour inventer un spectacle aussi déjanté ? Loin de moi l’idée de le lui reprocher… Mais quelle histoire !

Oui d’ailleurs : quelle histoire ? Celle d’Alice ou de Lewis Carroll (ou devrais-je écrire : Charles Lutwidge Dogson) ?

A l’univers d’Alice auquel on s’attend se mêlent en vérité pleins d’autres histoires : celle de l’écrivain mais aussi des passages de ses autres romans « la chasse au Snark », « Sylvie et Bruno », « de l’autre côté du miroir » racontée parfois en anglais puis traduit en français ou en français avec un très fort accent anglais (toujours superbement intelligible, chapeau !).

Il se mélange un peu de tout cela dans un décor qui n’est pas sans rappeler celui de « Trissotin ou les femmes savantes » présenté plus tôt dans l’année à la Scala Paris. Même animaux empaillés qui diffusent une aura d’étrangeté sans que leur présence sur scène ne soit vraiment jamais expliquée.

Même organisation de l’espace avec un lieu de passage central accompagné d’un autre espace en hauteur ; le tout habillé des lumières toujours léchées signées Jean Bellorini. Geoffroy Rondeau (découvert en Trissotin) s’est lui aussi invité à la fête dans le rôle de Lewis jeune.

Ici pourtant la fantaisie va plus loin : on porte d’étranges masques de crocodile ou de lapin, les objets volent et l’on descend par toboggan.

Au milieu de tout ça, pas toujours facile à suivre si on n’a plus Alice en tête ou si on ne parle pas un mot d’anglais (tout n’est pas traduit) mais on se régale vraiment en se remémorant les scènes du chat du Cheshire, du polo, les larmes d’Alice, le thé chez le chapelier fou. J’ai plus de réserve sur la scène de la chenille fumant son calumet et de Richard IV qui tombe comme un cheveu sur la soupe.

Pour enchaîner sans nous perdre totalement d’un univers à l’autre, Macha a eu la bonne idée de faire du spectacle un divertissement à la fois visuel et sonore : les passages assez rock’n roll chantés par Rosemary Standley sont absolument merveilleux.

C’est un endroit du rêve dans lequel ressort de temps en temps des répliques énigmatiques telles que « le début de la mort est très difficile on y arrive avec presque rien » ou « tu veux aller au théâtre mais tu cours un danger mortel : n’essaie pas d’être vivant dans un lieu où tu ne voudrais pas mourir. ».  On frôle parfois l’interrogation lorsque le vieux Charles Dogson surgit et semble courtiser Alice.

Somme toute, ce spectacle est à la fois déjanté, loufoque, fantasmagorique… C’est très beau, un peu féerique, un régal pour les yeux et les oreilles mais je ne suis pas sûre d’en garder une trace au long terme… Pourquoi ce spectacle et qu’en garder comme message? Mais peut-être faut-il parfois se laisser glisser dans un univers sans chercher à le comprendre tout à fait.

Et après tout… N’était-ce pas qu’un rêve ?

Crédit photo : Pascal Victor/ArtComPress & Pascal Gely

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