Midi nous le dira – Théâtre de la Reine Blanche

Une nouvelle création de la compagnie Superlune a fondu sur Paris : « Midi nous le dira » écrit par Joséphine Chaffin et mis en scène avec Clément Carabédian, s’installe pour deux semaines au théâtre de la Reine Blanche.

Allure frêle, aussi juvénile qu’indomptable, Lison Pennec investit pendant 1h ce texte actuel qui parle des générations de femmes d’aujourd’hui rêvant de conquêtes dans lesquelles le genre ne serait plus un frein. Fébrilement, Najda attend son ticket pour rejoindre l’équipe Espoirs de football féminin. Dans l’heure précédent le verdict, elle s’adresse à son « futuremyself » au travers d’une vidéo tournée sur son téléphone.

On sent dans ce seul en scène une ambition de virtuosité dans le langage qui s’impose dans les travaux d’écriture théâtrale de Joséphine Chaffin. Sa langue solaire déjà présente dans les « Beaux Ardents » vient donner un éclairage, une température et indique comme une didascalie le rythme et le degré d’intensité à faire vivre sur le plateau : le jeu doit suivre la langue, l’apprivoiser et s’en nourrir. Avec force, fraîcheur et délicatesse, Lison Pennec s’empare de ce texte pour nous dire cet état de jeunesse en plein accomplissement de soi.

La musique jouée en direct par Anna Cordonnier est atmosphérique et décuple la folle énergie de notre héroïne que quelques spots transportent au milieu d’un stade imaginaire. Visuellement, « Midi nous le dira » est d’ailleurs truffé de mille et une trouvailles : un simple scotch devient le cadran solaire de cette attente, les feutres sont l’horloge, le smartphone posé sur un trépied nous ancre dans notre époque de youtubeurs. Tout est ravissement pour le spectateur. Grâce à sa capuche et aux lumières, Najda fait même rentrer plusieurs générations féminines dans son récit : sa grand-mère, arrière-grand-mère, sa tante avec leurs à priori, leurs rêves inassouvis.

Il y a dans ce spectacle une détermination à faire entrer du rêve dans notre réel, une détermination à sublimer qui donne envie de se souhaiter l’attente et la fébrilité de Najda pour soi-même. On se projette, on vibre jusqu’à vouloir à la fois sa combativité et ses aspirations.

Un spectacle qui ne laisse pas indifférent et rappelle aussi d’autres univers : on pense à l’excellent    « Contes et Légendes » (dernière création de J.Pommerat) dans le choix du sujet féministe et l’aspect jeune de l’actrice mais aussi au très bon seul en scène de François de Brauer « La loi des prodiges » pour la capacité de Lison Pennec à passer d’un personnage à l’autre avec quelques gestes/attitudes et un jeu de voix subtil.

« Midi nous le dira » (titre qui s’éclaire lui aussi !) est un très bel objet de théâtre : vivant, coloré et porteur de convictions ! On lui souhaite de continuer sa course en plein zénith jusqu’au festival d’Avignon 2021.

Crédit photo : Michel Cavalca

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